La hausse du salaire minimum aurait peu d’impact sur l’emploi

Sylvain Sauvé

M.Sc. économiques
Québec

En décembre dernier, Nathalie Elgrably de l’Institut économique de Montréal (IEDM) publiait une «note économique» sur le salaire minimum et la flexibilité du marché du travail.

L’auteure tire deux conclusions de ses «recherches» : 1- une augmentation du salaire minimum accroît le taux de chômage, 2- la réglementation du marché du travail par des mesures législatives ou par la syndicalisation accroît le taux de chômage. De telles conclusions venant de l’IEDM n’étonneront personne, puisque nous sommes habitués à toujours retrouver dans leurs textes les mêmes conclusions et à toujours y lire la même rhétorique univoque et sans nuance. Voilà une raison de les analyser de plus près.

La publication de cette note arrive au moment où l’OCDE publie une étude* importante sur le même sujet. Réalisée par deux économistes de l’organisation (Bassanini et Duval), l’étude couvre deux décennies (1982-2003), touche 21 pays membres de l’OCDE et elle a pour objectif d’établir les facteurs qui influencent l’évolution du taux de chômage et du taux d’emploi. Parmi les facteurs étudiés on retrouve, entre autres, l’effet du salaire minimum, du taux de syndicalisation et de la réglementation du marché du travail par des mesures législatives de protection de l’emploi.

La démarche de l’OCDE s’appuie sur quatre éléments qui confèrent à l’exercice une rigueur scientifique que n’a pas la note de l’IEDM : l’analyse de 54 études sur ce même sujet exprimant des points de vue diversifiés, l’utilisation de données réelles sur une longue période, l’analyse de ces données par un modèle économétrique, finalement une interprétation impartiale et nuancée des résultats.

Des conclusions qui contredisent l’IEDM

Les conclusions de l’étude de l’OCDE contredisent plusieurs des affirmations de l’IEDM. En effet, cette étude révèle que le salaire minimum n’aurait pas d’effet significatif direct sur le taux de chômage, tout comme le taux de syndicalisation et la réglementation du marché du travail par des mesures de protection de l’emploi. Les facteurs qui contribueraient à augmenter le taux de chômage sont le niveau des prestations d’assurance-chômage, le poids des charges fiscales et sociales et la réglementation du marché des produits (par exemple dans les secteurs tels que les transports, les télécommunications, etc.)

L’étude de l’OCDE ne s’arrête pas là. On y trouve d’autres conclusions qui déplairont fortement à l’IEDM, car elles réhabilitent certaines formes d’intervention de l’État et jettent un éclairage favorable à certaines politiques, qui ne sont pas sans rappeler le modèle québécois tant honni par l’IEDM. On y apprend que les dépenses publiques dans les programmes de formation professionnelle (active labour market policies) sont un moyen efficace pour réduire le chômage, elles pourraient même compenser les effets pervers des fortes indemnités de chômage.

On note que la présence d’un mécanisme coordination / concertation centralisée sur les négociations salariales conduit à des taux de chômage plus faible. Ce dernier élément est contraire au mantra de l’IEDM selon lequel le libre marché est préférable à la négociation institutionnelle. Sur le plan des politiques familiales et de leur effet sur l’emploi, l’étude de l’OCDE affirme que les programmes de subventions aux services de gardes sont préférables à l’aide directe aux parents. En octobre 2006 dans une autre «note économique», l’IEDM proposait de remplacer l’aide aux services de garde par l’aide directe aux parents.

Ce n’est pas une bataille de chiffres!

Certains diront que tout cela n’est encore une fois qu’une bataille de chiffres, que toutes les études se valent et que la connaissance se développe justement par cette diversité de résultats et de points de vue. Non, justement, toutes les études ne se valent pas. Celles de l’IEDM possèdent, pour la plupart, des carences fondamentales qui les discréditent: elles ne s’abreuvent qu’à des sources limitées, choisies en fonction d’ornières idéologiques et péchant souvent par «auto-citation»; leurs appuis théoriques sont simplistes ou parfois même inexistants; elles ne «s’encombrent» pas de données permettant de vérifier si leurs hypothèses sont confirmées ou réfutées par les faits, elles se limitent plutôt émettre des opinions «auto-portantes» répétées à satiété dans des «notes économiques» que jamais aucune revue scientifique n’oserait publier.

Avec l’IEDM, nous sommes généralement en présence de travaux qui relèvent de la pseudo-science et de la propagande. La vraie science économique se développe dans les universités et dans certaines institutions gouvernementales. Elle se débat dans les revues scientifiques spécialisées. L’IEDM y est absente car l’IEDM est à l’économie ce que l’astrologue est à l’astronomie : un charlatan.

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