États-Unis : Où l’on reparle du Ku Klux Klan

«Quarante trois ans après les faits, James Seale, ex-membre du Ku Klux Klan (KKK), va répondre de ses actes dans une affaire de crime raciste. Dans le sud des Etats Unis, la ségrégation, illégale, n’a pas totalement disparu des mentalités et le Klan, surfant sur la question de l’immigration, semble se refaire une jeunesse.

À 71 ans, James Seale ne terrorise plus personne. Il aurait presque l’air inoffensif depuis qu’il a abandonné sa cagoule blanche. Depuis mercredi, l’ancien policier comparaît devant la justice américaine pour enlèvements et complot dans l’affaire du meurtre de deux jeunes Noirs en 1964. Durant le procès, la Cour doit entendre la déposition de l’accusé lors de sa première arrestation, il y a 43 ans, au cours de laquelle il avait mis au défi la police fédérale de prouver sa culpabilité. C’est chose faite aujourd’hui. Déjà, en mai 2005, avait été jugée l’affaire Killen dont Alan Parker s’était inspiré dans son célèbre film : « Mississippi Burning ». 

Pourtant, cette volonté affichée de reconsidérer un passé douloureux, à travers des actions en justice, se heurte aux vieux démons de la ségrégation. Selon Mark Topok, un des responsables du Southern Poverty Law Center spécialiste de la traque des groupuscules racistes, « il y a de nombreux endroits dans le Sud profond où presque rien n’a changé même si la ségrégation n’est plus légale ». En septembre dernier à Jena (Louisiane), un lycéen noir a été molesté après s’être rendu à une fête tacitement réservée au Blancs. Les autorités locales semblaient plutôt soucieuses de minimiser cet incident et de préserver l’image de la ville : « les races ne sont pas un problème local majeur », affirmait à l’AFP Murphy McMillan, maire de Jena. A contrario, l’Union américaine des libertés civiles (ACLU) qualifie Jena (85% de Blancs et 15% de Noirs) de « baril de poudre racial ».

Pour Gérard Hugues professeur de civilisation américaine à l’Université de Nice Sophia Antipolis, « il n’y a pas de montée particulière du racisme aujourd’hui aux Etats Unis. Le racisme, latent ou affiché, existe depuis l’arrivée des premiers colons ; d’abord adressé aux autochtones et beaucoup plus tard à la population noire ». Pour lui, « l’« aura » du Ku Klux Klan, lequel reste très marginal, tient surtout aux mises en scène de l’époque ».

Ce n’est pas l’avis de l’Anti-Defamation League (ADL) qui s’inquiète de la « réapparition » du Klan et de son instrumentalisation de l’immigration qui nourrit la xénophobie. Sous l’égide de la « White pride » (fierté blanche) et des valeurs puritaines, le Klan rassemblerait, d’après l’ADL, quelques milliers de membres répartis dans une vingtaine d’Etats : le « deep south » originel (Caroline du Sud,  Alabama), mais aussi, et c’est nouveau, des Etats du nord et de la Côte est (Michigan, New Jersey). La nouvelle génération de klanistes se serait fondue dans la sous-« culture » skinhead ou néonazie, se regroupant dans des concerts de rock identitaire ou des rassemblements unitaires avec d’autres courants d’extrême-droite ; leurs activités « militantes » comprenant l’organisation de ces rassemblements, des campagnes publicitaires de recrutement, la diffusion de tracts et d’ouvrages racistes et antisémites via internet, etc. L’Empire Knights of the KKK, une des branches de l’organisation, possède même sa propre radio de propagande qui diffuse sur Internet des slogans à la gloire de la « white supremacy » (suprématie blanche).

Serait-ce que la droite ultraconservatrice américaine, qui a encore pignon sur rue à Washington et dans certains médias, aurait sans le vouloir permis à certains comportements enfouis de se décomplexer ? Seuls les esprits mal tournés y verront un lien de causalité…»

Source: http://www.marianne-en-ligne.fr/exclusif/virtual/socit/e-docs/00/00/F3/07/document_web.phtml

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