Citation de la semaine

«Le patriotisme est la vertu des brutes»

Oscar Wilde

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3 Réponses to “Citation de la semaine”

  1. Skinhead (des mots anglais skin (peau) et head (tête) : cuir chevelu (à nu)) désigne à l’origine un jeune prolétaire britannique aux cheveux tondus. Etymologiquement cela signifie que l’on voit la peau du crâne à travers ce qui reste de cheveux. Ceux-ci sont coupés court, tondus ou rasés.

    Le phénomène skinhead est né au Royaume-Uni à la fin des années 1960. Il est apparenté à la mouvance modernist (les mods). Sa bande-son originale fut le punk neo metal archi heavy. A la fois mode vestimentaire et musicale, cette première vague skinhead n’est rattachée à aucun mouvement politique. Mais en s’étendant au reste du monde dix ans plus tard, le phénomène skinhead a connu des évolutions importantes. Aujourd’hui, pour beaucoup, les skinheads apparaissent surtout comme des activistes d’extrême-droite. Pour d’autres au contraire les termes skinhead et nationaliste, ou raciste, ne peuvent s’accoller.

    Il est donc hasardeux d’utiliser l’expression « mouvement skinhead » sans autre précision, puisqu’elle impliquerait une union des skinheads, ou au moins une identité commune. Or il n’y a plus, loin s’en faut, ni unité, ni communion entre tous ceux qui se réclament de l’identité skinhead depuis la fin des années 1960.

    Cet article cherche à amorcer l’étude du phénomène skinhead et des différentes mouvances actuelles d’un point de vue francophone.

    Certains contributeurs imaginent une origine très ancienne au phénomène skinhead. Pendant la Première révolution anglaise (1641-1649), les partisans du Parlement menés par Oliver Cromwell étaient appelés les round heads (têtes rondes) par leurs ennemis en raison de leur coupe de cheveux courte opposée à la longue chevelure des aristocrates partisans du roi Charles Ier d’Angleterre. La ressemblance avec les skinheads s’arrête là, car les partisans de Cromwell, même s’ils recrutaient beaucoup parmi les classes populaires, étaient avant tout des protestants puritains d’inspiration calviniste qui refusaient les prétentions absolutistes du roi et la possibilité d’un rétablissement du catholicisme en Angleterre.

    Il y aurait également mention d’individus répondant à la définition et à l’appellation du skinhead dès le début du XXe siècle dans la presse du Royaume-Uni. Le terme désignait de jeunes voyous issus des quartiers pauvres et aux cheveux courts, l’équivalent des « Apaches de la zone » en France.

    Néanmoins, dans son acception moderne, skinhead s’applique à un mouvement de jeunesse né à la fin des années 1960 au Royaume-Uni. Tout part de la rencontre des rude boys, jeunes noirs d’origine antillaise (surtout jamaïcaine), et des hard mods, jeunes blancs fans de scooters et de soul music.

    Dix ans plus tard les skinheads antiracistes dénient aux skinheads d’extrême-droite le droit de s’appeler skinheads et les qualifient de boneheads (littéralement « crânes d’os », ce qui familièrement signifie « crétins »). À l’inverse, les skinheads d’extrême-droite se considèrent comme les seuls skinheads authentiques et nomment les skinheads antiracistes redskins (littéralement « peaux rouges », c’est-à-dire « communistes »).

  2. 1969, les Skinheads popularisent le reggae

    En 1969, un véritable raz-de-marée skinhead envahit le Royaume-Uni pour quelques mois. Cette contre-culture devient soudain très à la mode et unit les jeunes des quartiers ouvriers, tant blancs que noirs. Les premiers skinheads écoutent de la soul, du rythm’n’blues (des labels Stax, Motown ou encore Chess records), du mod’s beat (soul-rock britannique des Who et autres Kinks ou Small Faces), mais surtout du ska, du rocksteady et du reggae avec des artistes noirs venus des Caraïbes tels Simaryp, Laurel Aitken, Desmond Dekker et même les Skatalites, les Upsetters, Jimmy Cliff ou Bob Marley, les Wailers… Le reggae et le rocksteady, bien plus que le ska presque passé de mode en 1969, apparaissent comme le son skinhead par excellence. Pour les puristes, on parle alors de reggae one drop ou encore de early reggae. Un terme sera d’ailleurs forgé au début des années 1980 pour qualifier le son des années 69-71 : le skinhead reggae. Dans la tradition modernist, les skinheads aiment danser. Ils rivalisent de pas de danse compliqués pour frimer lors des discoes, l’équivalent des « boums » françaises. Les chansons parlent de leur vie quotidienne : émeutes, difficultés de la condition ouvrière ou de la condition noire, problèmes de tous les jours, contestation sociale, mais aussi sexe, danse et football. Les principales maisons de disques éditrices de ska et de skinhead reggae au Royaume-Uni sont Trojan Records, Pama Records et Torpedo Records. Le logo du label Trojan (un casque de guerrier grec comme on en portait lors de la guerre de Troie) a été repris par la suite pour désigner les skinheads originels qui perpétuent le spirit of 69. Les filles sont appelées skinhead girls plutôt que birds (terme péjoratif équivalent du français « gonzesses »).

    Les skinheads constituent à la fois une mode vestimentaire liée à des goûts musicaux, mais aussi une véritable contre-culture de jeunes avec ses comportements types (frime, violence, danse) et son argot. Celui-ci est largement influencé par l’accent jamaïcain : on s’appelle « frère » mais brother devient bovver. Aggro désigne la baston… To bash signifie « casser la gueule ». Les leaders du mouvement sont les boss skinheads.

    Ces gangs de jeunes ont parfois un comportement violent et les hooligans adoptent vite le style vestimentaire des skinheads. Certains avancent que les skinheads sont issus du hooliganisme. C’est à la fois vrai et faux : les jeunes Britanniques des classes moyennes et populaires se comportent souvent en hooligans dans les stades de football, mais le hooliganisme est plus ancien que la mode skinhead (il date du début du XXe siècle) et les codes vestimentaires des hooligans varient beaucoup dans le temps (la plupart des hooligans actuels n’ont absolument pas le look skinhead).

    Si des « proto-skinheads » existent depuis 1967 avec les hard mods et les rudies, la mode skinhead explose vraiment en 1969 en même temps que la musique reggae. C’est « le truc » à la mode de l’été 1969 au Royaume-Uni. D’ailleurs pour beaucoup de jeunes cela ne se prolonge guère. Beaucoup n’ont été skinheads qu’un an ou deux, voire quelques mois.

    L’abus d’alcool et de drogues diverses (surtout les amphétamines pour pouvoir danser toute la nuit, le LSD étant plutôt utilisé par les hippies) n’arrange rien à l’image des skinheads. La presse tabloid peut dès lors stigmatiser les skinheads, comme elle l’avait fait auparavant pour les mods ou les rockers. C’est la nouvelle menace.

    L’Union JackL’usage fréquent des couleurs nationales (Union Jack pour l’ensemble des Britanniques ou Saint Georges Cross pour les Anglais) par les skinheads de cette époque est abusivement interprété comme un glissement vers le nationalisme, voire le fascisme. En fait les jeunes Britanniques font souvent preuve d’un patriotisme très cocardier tel qu’on peut le rencontrer dans les tribunes des stades de football (jingoism, équivalent du français chauvinisme). Il n’est généralement fondé sur aucun nationalisme au sens strict. Les mods auparavant arboraient les couleurs nationales pour le côté « pop art  » et les punks par la suite feront de même par désespoir social et ironie. Les Britanniques pavoisent beaucoup plus fréquemment que les Français. Cette fierté d’appartenir à la nation britannique est même un élément unificateur pour les jeunes Britanniques blancs et les Antillais noirs venus de la Jamaïque ou de Sainte-Lucie (États du Commonwealth, dont les habitants sont assimilés aux Britanniques puisque sujets de la même reine). Ceci peut aussi s’appliquer aux Pakistanais, eux aussi ressortissants du Commonwealth.

    Mais il est vrai que les skinheads de cette époque font preuve de méfiance à l’encontre, non pas des noirs, mais des jeunes Indiens et Pakistanais, dont le style vestimentaire et les goûts musicaux les rapprochent des hippies. Certains organisent de véritable ratonnades à leur encontre : le paki bashing. Ceux-ci réagissent et fondent des gangs de skinhead scalpers. Cette opposition entre skinheads noirs et blancs d’une part et jeunes indo-pakistanais de l’autre n’a cependant jamais été une généralité lors de la première vague skinhead. C’est plutôt un phénomène circonscrit à certains quartiers de Londres et surtout à certains gangs. Les archives d’époque montrent d’ailleurs de nombreux skinheads de type indo-pakistanais.

    En 1969 à 1970 la mode skinhead est devenue si importante que certains artistes de rock l’adoptent afin de gonfler leur audience : c’est le cas du groupe Slade, pionnier du glam-rock, qui en 1969 adopte un look skinhead par opportunisme avant de revenir après 1970 à l’extravagance glam-rock. Même s’il s’agit d’un calcul commercial, Slade peut être considéré comme le premier groupe de rock skinhead, bien avant l’émergence du street-punk dix ans plus tard.

    Cette première vague skinhead est donc avant tout une mode et un style musical et vestimentaire largement méconnus hors du Royaume-Uni. Il n’y a pratiquement pas de skinheads à cette époque en Europe continentale ou en Amérique du Nord. Seuls certains adolescents émigrés à cette époque en famille en Australie et au Canada exportent le style hors de Grande-Bretagne. Tout au plus la mode vestimentaire skinhead a-t-elle quelques échos pendant les évènements de mai 68 en Europe continentale. De manière amusante, dans le film « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » (1970), l’acteur Jean Yanne porte pendant quelques séquences une tenue inspirée par la mode skinhead : jean serré à revers, blouson ajusté de la même étoffe, rangers, cheveux plaqués et favoris. Pour la plupart des journalistes britanniques les skinheads ne sont qu’une nouvelle sorte de voyous incontrôlables (à l’époque la France a ses blousons noirs). Le mouvement n’est pas politisé.

    Vers 1970 la vague skinhead s’essouffle. De nouvelles modes apparaissent : le style glam rock pour les jeunes blancs et le mouvement rastafari pour les noirs. Les skinheads authentiques, qui rejettent l’image de hooligans violents qui leur colle à la peau, adoptent le style suedehead (crâne de velours) : le look devient plus recherché, à la manière des mods, les cheveux repoussent.

    Le mouvement skinhead originel n’a donc une durée de vie que de quelques mois, nombre de hardmods le laissent tomber de dégoût dès que celui est identifié par le plus gros journal britannique comme une entité à part du mouvement mod, le 3 septembre 1969. La vague skinhead se prolonge environ deux années de plus, portée par les médias et la musique reggae.

  3. Ah ce Oscar Wilde, quel merveilleux créateur d’aphorismes!

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