Témoignage révoltant d’un arrêté du G20

Ceci est le témoignage de l’un de mes camarades de l’UCL qui s’est rendu à Toronto pour manifester contre le G20. Je le publie sur mon blogue, car il  a signifié que l’on pouvait le diffuser si nous le voulions.

J’ai vécu l’un des pires moments de ma vie cette fin de semaine alors que je me suis déplacé à Toronto afin d’aller protester contre le G20 et ses décisions qui profitent toujours exclusivement aux mêmes : les riches propriétaires d’entreprise capitaliste.

Sur place à partir de vendredi, j’ai pu voir, sentir et éventuellement subir un climat rappelant l’État policier. Des policiers partout dans la ville qui fouillent et identifient chaque jeune qu’ils rencontrent, ce qui est complètement illégal. La police retirait aux gens leurs drapeaux en prétextant que c’étaient des armes. Pourtant, la manifestation de vendredi était complètement pacifique.

Le lendemain, samedi, la grande manifestation s’opposant au G20 devait avoir lieu. Cependant, dès le matin, nous apprenions que de nombreux militants du Toronto Community Mobilization Network (TCMN) et de son équivalent québécois, la Convergence des luttes anticapitalistes 2010 (CLAC2010), qui organisaient le gros de la mobilisation et du transport vers Toronto, avaient été arrêtés durant la nuit et accusés de complot ou de possession d’arme (une petite clé à molette dans un cas).

Nous participons tout de même à la grande manifestation qui attire des dizaines de milliers de personnes et où tout se déroule rondement jusqu’à ce qu’une partie s’en détache pour se diriger vers les boutiques huppées du centre-ville afin de s’attaquer au capitalisme et à ses symboles de façon plus directe, des banques, des grandes boutiques (Nike, Adidas, American Apparel etc.), des chaînes commerciales (Foot Locker, McDonalds, Burger King, Starbucks etc.), des voitures de polices sont ainsi attaquées et vandalisées tout en laissant les petits commerces locaux et les voitures stationnées indemnes. Je ne participe toutefois pas à ce détachement, bien que j’en comprenne le but et l’intérêt.

Cependant, dès le samedi soir, le vrai climat de peur commence à s’installer. Nous apprenons que des amis à nous se sont fait arrêter dans un parc et battre allègrement par la police qui les a insultés et humiliés publiquement (ils seront finalement relâchés deux heures plus tard sans aucune explication, ne s’étant jamais rendu au poste de police). Nous apprenons par la suite que d’autres camarades qui étaient retourné-e-s sur le lieu de leur hébergement se sont fait arrêté-e-s au bout de mitraillettes sous motif d’entrée par effraction, alors qu’il n’y avait eu aucune plainte de portée contre eux et elles. Ils et elles seront finalement relâché-e-s de la prison temporaire quelques 6 heures plus tard sans aucune accusation.

Durant cette soirée, nous nous rendons sur ledit lieu d’hébergement afin de relaxer et pensant peut-être y être en sécurité, après s’être fait nargué-e-s par des policiers en civil alors que nous mangions tranquillement dans un restaurant. C’est alors qu’une dizaine de policiers débarquent au pas de course, ouvre la porte arrière de la maison et nous indique qu’ils viennent enquêter pour une introduction par effraction sans nous présenter le moindre mandat de perquisition. Bref, il est plutôt ironique que des policiers entrent dans une maison par effraction pour supposément enquêter là-dessus. Ils fouillent les sacs des gens présents, mais ne s’occupent aucunement de vérifier les serrures, les fenêtres les entrées de la maison, ce qui serait plutôt logique. Les propriétaires de la maison ont protesté tout au long de la fouille, mais rien à faire. Finalement, les policiers quittent sans rien dire en volant, entre autres, le portefeuille d’une personne et les 180$ qu’il contenait.

Bref, ne nous sentant aucunement en sécurité dans cette ville, nous quittons vers notre lieu d’hébergement situé ailleurs. Des questions nous trottent dans la tête : Qui nous protège de la police? Si la police bafoue toutes les lois, à quoi servent-elles? Est-ce ce à quoi une « démocratie » ressemble? Le pire est pourtant à venir, du moins, pour nous.

Le lendemain matin, nous apprenons qu’une vigile se déroule devant la prison temporaire afin de dénoncer les pratiques policières et soutenir les gens arrêté-e-s qui commencent à sortir au compte-goutte. Comme les personnes avec lesquelles je suis allé à Toronto travaillent le lendemain, nous décidons d’y aller en voiture pour ensuite quitter Toronto en direction de Drummondville.

C’est alors que nous sommes en route vers la vigile qu’un camion noir nous dépasse à toute allure et qu’une demi-douzaine de policiers en émergent en criant et en nous demandant d’arrêter la voiture au beau milieu de la rue. Les policiers nous demandent nos pièces d’identité, ouvrent notre valise arrière et commencent à fouiller la voiture sans mandat et ce, malgré nos protestations et nos questions. Tout d’un coup, un policier écarlate de colère vient à notre fenêtre en gueulant et en pointant un livre (Sur les traces de l’anarchisme au Québec de Mathieu Houle-Courcelles publié aux Éditions Lux) qu’il venait de trouver dans notre coffre. « What’s that, you’re anarchists? That’s enough for us! Get out of the car! ». Ils nous font sortir de la voiture, nous fouillent et nous menottent les mains devant tous les passants. Ils commencent alors à nous insulter : « Fags! », « Bastards! », « We’ll beat you up! », « You’ll pass the week in jail! ». Un policier me dit qu’il aimerait que je me sauve puisqu’il pourrait me plaquer et me battre. Un autre me dit qu’il aimerait que ce soit « l’anarchie » puisqu’il pourrait me lancer en bas du quatrième étage. Une voiture de police arrive et deux policiers en sortent avec des appareils photo personnels et un grand sourire pour nous photographier les menottes aux mains. Il faudra attendre environ une heure de cette médecine avant qu’un fourgon arrive et que les policiers nous lisent nos droits et nous expliquent que nous avons été arrêté-e-s pour avoir « troublé la paix publique »…

Après environ une demi-heure de zigzags dans la ville dans la minuscule cellule d’un fourgon, nous finissons par arriver dans une espèce de gros hangar avec 5 cages grillagées remplies de gens arrêtés dont beaucoup de Québécois et de Québécoises (ce qui est quand même sécurisant pour nous puisque nous voyons des visages connus). Ils nous séparent, moi et mes deux camarades, en nous mettant aux cages des deux extrémités. Dans ma cellule, il y a une dizaine de Québécois arrêtés en marchant dans la rue. Personne n’affirme avoir été arrêté durant une manifestation. J’ai la chance qu’ils m’aient laissé mes souliers car certains sont nus pieds, d’autres en chaussettes et d’autres à qui ils ont seulement enlevé les lacets. Il est important de souligner que nous sommes sur un plancher de ciment froid et sale. Nous sommes toujours menottés avec des tie wraps et la cellule ne comprend qu’un seul banc étroit et une toilette chimique sans porte qui fait face aux gardiens.

Après environ trois heures de détention où il y a un va-et-vient incessant de fourgons, de voiture banalisée ou même d’autobus qui amènent les prisonniers et les prisonnières politiques un par un vers les cellules, les gardiens nous donnent enfin de l’eau. Nous décidons collectivement de ne pas en boire lorsque nous voyons qu’elle a une couleur jaunâtre que nous assimilons à de l’urine, bien qu’ils nous disent que c’est parce qu’ils ont renversé un peu de jus en poudre dedans.

C’est autour de 19 heure qu’ils nous servent notre premier « repas » : un sandwich avec une tranche de fromage de soya jaune beurré avec de la margarine. Nous n’avions pas eu le temps de déjeuner avant de se faire arrêter, ce qui veut dire que je n’avais rien mangé depuis environ 24 heures. Malgré le goût infect de la chose, je l’ai dévoré en quelques instants.

À certains moments des constables viennent rire de nous, nous narguent, nous disent que nous sommes cutes, etc. Parfois, ils viennent chercher une personne pour l’amener on ne sait où, mais le plus souvent, ils nous amènent de nouveaux camarades de cellules allant jusqu’à mettre une vingtaine de personnes par cages. À plusieurs reprises, nous demandons à parler à un avocat, à avoir de l’eau claire, de la nourriture et des couvertes pour se réchauffer, ce que l’on nous refuse évidemment.

De plus en plus de gens arrivent dans ma cage dont plusieurs citoyens de Toronto n’ayant même pas participé aux manifestations, mais qui ont commis l’erreur de sortir de chez eux et d’avoir des cheveux longs, une barbe, un t-shirt noir ou tout simplement d’être jeunes. Certains s’en allaient travailler lorsqu’ils ont été kidnappés par la police. Plusieurs ne comprennent absolument rien à ce qui se passe.

Finalement, mon tour vient enfin de quitter cette cage maudite. Je quitte alors des camarades avec lesquels j’avais développé une certaine complicité dont certains sont arrivés avant moi. Je découvre alors que je n’étais pas dans un simple hangar, mais bien dans un énorme complexe renfermant des centaines de cellules comme la mienne remplies à craquer. Je vois des visages connus et d’autres moins. Le nombre de personnes croupissant dans cette gigantesque prison est vraiment effarant. Le constable qui me fait déambuler dans ce labyrinthe m’annonce que je vais être libéré sans accusations. Il m’enlève mes menottes et me met dans une autre cage en attendant qu’on vienne me porter mes effets personnels. On finit par nous faire passer devant un policier qui nous explique que nous avons été arrêté pour avoir troublé la paix et que si nous sommes vu-e-s à une autre manifestation dans le cadre du sommet du G20 ou que nous sommes « repris-es à troublé la paix », nous seront accusé-e-s d’entrave au travail des policiers. Ayant « troublé la paix » en étant simplement au volant de ma voiture, je me demande comment je vais pouvoir quitter cette ville sans la « troubler » à nouveau…

On me donne mes effets personnels après avoir traversé le stationnement d’où l’eau de pluie abondante ruissèle et je peux enfin traverser la clôture qui me sépare du monde libre. J’ai quand même une pensée pour mes camarades à qui l’on a confisqué les souliers et qui doivent marcher dans l’eau pour sortir, comme humiliation finale.

Heureusement, des gens de Toronto nous attendent en dehors de la prison afin de nous donner un abri pour la pluie, de la nourriture, de l’eau, de quoi nous réchauffer, et de quoi téléphoner. Des gens offrent aussi des lieux pour dormir ainsi que des lifts pour aller ailleurs en ville. Nous avons donc tenté de retrouver notre voiture qui avait été saisie par les policiers. Il nous a fallu environ une trentaine de minutes de téléphone avant d’enfin la localiser. Des gens sont allés nous porter à la fourrière se trouvant à l’autre bout de la ville où nous avons dû payer la modique somme de 185$ pour pouvoir la ravoir (alors que nous étions supposé-e-s et reconnu-e-s innocent-e-s). Nous nous rendons alors compte que plusieurs de nos effets personnels sont manquants : les cellulaires de mes deux camarades, l’appareil photo Nikon de l’une ainsi que son iPod Touch, son agenda, 2 livres portant sur l’anarchisme ainsi et de nombreuses pièces de vêtements.

Nous avons fait les démarches pour retrouver ses objets, mais nous n’avons toujours pas eu de nouvelles à ce jour. Nous nous sommes empressé-e-s de retourner au Québec le soir même et nous sommes arrivé-e-s à Drummondville à 9h le lundi matin.

Durant tout ce temps, à peu près tous nos droits de citoyens et de citoyennes ont été bafoués : le droit de circuler librement, le droit à la sécurité, le droit à l’intimité, le droit de manifester, le droit de libre expression et de libre pensée, le droit de libre association, le droit d’être présumé innocent jusqu’à preuve du contraire, le droit de contacter un avocat après l’arrestation, le droit de pouvoir demander à voir un mandat avant de se faire perquisitionner, le droit de comprendre ce pourquoi on se fait arrêter et aussi le droit de garder le silence lorsqu’on me menaçait. J’en ressors avec mes idéaux intacts, voire même renforcis. L’intimidation dont j’ai été la victime ne fait que confirmer ma croyance en un monde meilleur, sans répression étatique, sans capitalisme ni injustices sociales. Un monde basé sur la démocratie directe, l’autogestion, la solidarité, l’égalité et la liberté pour tous et toutes. Parce que dans le marasme qui nous enveloppait, j’ai aussi pu voir les germes de cette société nouvelle alors qu’en aucun cas, les gens nous ont laissé seuls affronter l’appareil étatique et que la solidarité était visible à tous les stades de ce périple où rien n’allait.

Pourquoi ce témoignage? Dans un premier temps, pour remercier tous les gens qui sont demeuré-e-s solidaires et qui nous ont aidé-e-s en sortant de la prison. Je souhaite aussi illustrer les réels événements que nous ne lisons pas dans les journaux et rappeler que de nombreux et nombreuses camarades sont toujours enfermé-e-s au moment où j’écris ces lignes. Finalement, je veux rappeler à ces policiers et à ces gardiens de prison qui m’ont enfermé, mais aussi à ceux pour qui mon arrestation est profitable (patrons, politiciens, riches et autres bourgeois) que jamais je ne me tairai, que je continuerai à dénoncer l’injustice ainsi que l’oppression et qu’ils devront me tuer pour que j’arrête. Malheureusement, je crois bien qu’ils sont prêts à aller jusque là…

P.S. : Comme on dit en anglais : Show me what democracy looks like!

Éric Faucher,
Membre de l’Union Communiste Libertaire,
Drummondville

4 Réponses to “Témoignage révoltant d’un arrêté du G20”

  1. Tiens, un camarade de cellule. Le monde est petit.

  2. LeBaObAB Says:

    c’est tout simplement abusé!!! je ne me suis jamais retrouvée dans une telle situation mais on doit se demander comment cela est-il possible dans une soit-disant démocratie, on doit se croire en plein délire alors que d’est la réalité!!! tu sais que tu ne fais rien de mal et tu es victime de répression policière et quel est ton recours sur le moment…que dalle, protester au risque de te faire défoncer la gueule par ces prétendus gardiens de l’ordre public…..tu dois en ressortir très amère voire avoir la rage!!! surtout si il n’y a rien qui est fait à posteriori pour sanctionner ces graves abus……

  3. Nikitson Says:

    Merci au camarade pour ce témoignage profondément révoltant.

    Ces actes d’intimidation et d’humiliation sont intolérables et doivent être combattus.

    L’Etat protège les capitalistes et s’acharne contre ses opposants tous les jours.

    Ils sont peut-être des milliers, mais nous sommes des milliards. Il faut nous organiser, tant pour les luttes quotidiennes, afin de limiter ces graves abus de pouvoir, que pour mettre un terme définitif à ce système pourri.

    Continuons la lutte chers camarades, vive la liberté, mort au capitalisme.

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