La Formule 1 de l’exploitation sexuelle

Texte écrit par des féministes radicales anticapitalistes, envoyé à La Presse et au Devoir. Vu qu’ils risquent de ne pas le publier, je le mets ici. Faites-en ce que vous voulez, mais ça serait le fun que ça circule – déjà qu’il manque de participation dans les actions féministes, par les temps qui courent…

La Formule 1 de l’exploitation sexuelle

L’industrie du sexe subsiste à cause des cadres patriarcaux, sexistes, capitalistes, racistes, colonialistes, impérialistes, classistes, hétérocentristes et âgistes. La mondialisation néolibérale accroît, renforce et aggrave les réseaux prostitutionnels. En tant que tel, elle est le reflet de nos sociétés : ainsi, selon les recherches de l’Action ontarienne contre la violence envers les femmes, 99% des clients-prostituteurs sont des hommes, tandis que 90% des personnes prostituées sont des femmes et des fillettes.

Pour nous, la prostitution c’est de l’exploitation sexuelle commerciale : la prostitution est un viol monnayé à répétition. Le système prostitutionnel repose sur les soi-disant besoins sexuels irrépressibles des hommes primant sur l’intégrité et la dignité des femmes. C’est également de cette manière qu’il se perpétue.

Il y a une forte corrélation entre l’exploitation sexuelle des femmes et la tenue des grands évènements sportifs. Le Grand Prix ne fait pas exception; il en est plutôt le cas figure. À croire que cette conjoncture est l’expression type de la construction sociale d’une «virilité masculine».

Au Canada, le tourisme sexuel se pratique surtout dans les trois grandes métropoles: Montréal, Toronto et Vancouver. Les clubs des danseuses ont d’ailleurs tristement positionné Montréal comme endroit de prédilection pour des milliers de touristes sexuels. (p.15, «Dire les maux : lexique d’une lutte contre l’exploitation sexuelle», CLES.)

Bref tableau de l’industrie du sexe dans le cadre de la F1 à Montréal: les bars de danseuses obligent l’ensemble des femmes-prostituées à être présentes pendant toute la durée de l’évènement, puis augmentent considérablement leur prix d’entrée sans redistribuer ces profits supplémentaires aux femmes-prostituées (évidemment); les agences d’escortes, quant à elles, augmentent leurs tarifs lors du Grand Prix (ne donnant, encore, rien de plus aux femmes) et incitent fortement les femmes-prostituées à doubler, sinon tripler, leurs disponibilités.

Qui sont les clients-prostitueurs de la F1?

Selon une étude de Scotland Yard, les clients dits occasionnels (comme ceux du Grand Prix) sont 96% du temps des hommes, 73% d’entre eux étant blancs. Comme le relate Julie, une ex-danseuse : «On parle de gars lâchés lousses loin de leur pays et de leur femme. Le client du Grand Prix, ce n’est pas le p’tit monsieur. Ils veulent beaucoup plus…».

Toute la journée, ils se rincent l’oeil en photographiant des femmes qui se promènent dans les rues sans leur consentement. Ils harcèlent et abusent verbalement, psychologiquement et physiquement les femmes engagées dans les évènements promotionnels du Grand Prix. Puis, le soir venu, ils épient les sites internet d’agences d’escortes à la recherche d’une femme-prostituée qui correspondra à leurs critères souvent pornographiques, racistes et âgistes.

Témoignage d’une femme ayant été escorte lors d’un précédent Grand Prix à Montréal

« J’ai été escorte durant le Grand Prix de 2008, j’avais 16 ans… Je me suis retrouvé là à cause des nombreuses formes de violence que les hommes m’ont fait subir dès mon tout jeune âge. Lors de la F1, j’étais une escorte GFE, c’est-à-dire girl friend experience (oui, il existe tout plein d’acronymes et de tactiques que les hommes-prostitueurs utilisent pour se déculpabiliser de leurs actes exécrables du genre BBBJWF qui veut dire bare back blow job with facial, puis donation – le cash donné par le prostitueurs pour tenter d’amoindrir en vain les impacts de son viol – donc je devais faire semblant d’être la petite amie d’hommes ayant minimalement le triple de mon âge, puis qui voulaient rien d’autre que de m’exploiter sexuellement le plus possible et à moindre coûts, et ce, en toute impunité; c’est même valorisant pour eux, ils renforcent leur appartenance à la classe des hommes favorisés, la classe des dominants. Les hommes-prostitueurs du Grand Prix de Montréal proviennent d’un peu partout (souvent des États-Unis, d’Europe et d’ailleurs au Canada) et ont différents parcours de vie. Les hommes-prostitueurs se payent la TRAITE lors du Grand Prix de Montréal; toutes les femmes qu’ils voient, que ce soit sur la rue Crescent ou dans leur chambre d’hôtel, sont des objets-sexuels monnayables selon leurs échelles de critères misogynes. Ces prostitueurs sont plutôt très exigeants et insistants (c’est leur trip de gros porc macho, leur argent sale, leur prostituée-esclave, leurs désirs impérieux, leur domination socialement acceptée, leur chambre d’hôtel qui t’offrent généreusement pour la durée de leur jouissance tout en prenant soin que tu ne touches pas trop partout pour pas «contaminer» leur place…), puis lorsque les prostitueurs se plaignent d’un «mauvais service» afin de réduire le coût de leur viol commercialisé les proxénètes sont de leurs côté. Après le Grand Prix, les femmes-prostituées sont exténuées, elles doivent souvent consommer plus de drogue pour survivre et prendre un infime «congé» si elles peuvent afin d’essayer de se détraumatiser (sans succès). Mon vécu n’est malheureusement pas du tout exceptionnel, je suis même assez privilégiée comparativement à ce que de nombreuses femmes subissent… »

Impunité et arrogance des prostitueurs…les femmes s’organisent!

Bien qu’elles vivent de l’oppression économique, les impacts psychologiques, physiques et sociaux de la prostitution sur les femmes sont d’autant plus grands. Plusieurs personnes seront tentées de dire qu’elles se font un montant significatif d’argent. À cela nous leur répondons : Mais à quel prix?

L’industrie du sexe – maintenue par les proxénètes et les clients-prostitueurs – envoie le message que toutes les femmes sont prostituables. La prostitution cautionne les oppressions et maintient les inégalités sociales en plus de s’inscrire dans un continuum de violences faites aux femmes par les hommes. Il est impératif de rappeler que les comportements sexuels sont d’ordre social et sont, de ce fait, modifiables.

Nous sommes des femmes, féministes radicales, et des hommes, pro-féministes. NOUS NOUS OPPOSONS AU SYSTÈME PROSTITUTIONNEL. Nous devons réaffirmer l’inaliénabilité des femmes et refuser leur marchandisation au profit des hommes.

Nous passons donc à l’action dans le cadre du Grand Prix, en allant là où l’exploitation sexuelle des femmes à des fins commerciales se produit. En plus de faire de la sensibilisation dans les rues de Montréal, nous avons fait une manifestation dans les rues du centre-ville en allant près des hôtels où de nombreux clients-prostitueurs séjournent lors du Grand Prix et ce, à une heure où ils se préparent à exploiter les femmes-prostituées.

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7 Réponses to “La Formule 1 de l’exploitation sexuelle”

  1. Méfiez-vous du discours répressif des abolitionnistes étatistes qui fait passer la loi 78 pour une broutille insignifiante…

  2. Abolissons le travail et le mariage!

  3. Ma position sur la prostitution se rapproche pas mal de l’abolitionnisme. Je n’ai pas publié ce texte par hasard.

  4. Je l’ai bien compris, et je trouve ça inquiétant. Les mêmes hosties de beus sales qui tapent sur les manifestants et font des arrestations arbitraires, abusives, préventives et politiques deviendraient soudainement des bienfaiteurs lorsqu’il s’agit de prostitution.

    Pourquoi ne pas abolir le travail, le mariage, la parentalité et le couple à fidélité obligée, alors?

    Dixit Anne Archet (et je suis entièrement d’accord avec elle là-dessus):

    « Les abolitionnistes ont beaucoup de bons sentiments et beaucoup de propositions mal avisées.

    Dans notre société judéo-chrétienne, l’esprit est noble, mais le corps impur. Or, on peut monnayer son esprit sans problème, mais monnayer son corps est avilissant. Allez comprendre pourquoi.

    La prostitution est une sale affaire, surtout parce qu’elle est clandestine et marginalisée. Mais aussi parce que c’est un commerce et une des multiples formes de l’esclavage salarié. Voilà pourquoi il faut l’abolir, comme il faut abolir le travail. Par contre, s’imaginer qu’on va atteindre cet objectif par la loi, le système de justice et la criminalisation des clients, c’est rêver en technicolor. Tout ce qu’on va réussir à faire, c’est marginaliser encore plus les prostituées et les plonger encore plus profondément en enfer.

    J’ai souvent entendu les abolitionnistes dire que le sexe n’est pas un besoin, puisqu’on peut vivre sans. J’aimerais qu’elle aillent raconter ça aux handicapés qui n’arrivent même pas à se branler et qui ont recours, ces salauds pervers et phallocrates, à une aidante sexuelle.

    Les dernières personnes en qui j’ai confiance pour régler les maux de l’humanité sont les flics, les juges et les gardiens de prison. »

    http://flegmatique.net/2011/12/03/le-poison-sans-antidote/#comment-2479

  5. Bien sûr que je suis pour l’abolition du travail, du mariage, alouette ! Je ne te laisserai pas venir sur mon blogue pour venir parler de mes positions politiques à ma place ! Y’a toujours ben des osties de limites !

  6. Julie Says:

    Bon texte sur la prostitution.
    merci

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