Attention, danger: Taser !

Le 24 novembre dernier, le pistolet Taser faisait une nouvelle victime canadienne. Cette mort s’ajoute aux 18 autres. Alors pourquoi le gouvernement et la compagnie Taser international continuent de nous mentir en disant que cette arme est inoffensive?

La compagnie Taser International, le gouvernement et les flics affirment sans cesse que le taser ne tuent pas, mais au contraire que cet outil de torture « Sauve des vies ». Pourtant, sur le blog « Truth… Not Tasers » (http://truthnottasers.blogspot.com/), la famille d’une victime des Tasers a documenté 310 cas de morts liés aux Tasers au Canada et aux États-Unis. Cette arme est d’ailleurs déjà interdite dans de nombreux pays (Belgique, Danemark, Hong Kong, Italie, Japon, Malaisie, Nouvelle Zélande, Pays-Bas, Norvège, Serbie et Pakistan) ainsi que dans certaines villes des États-Unis, comme Jacksonville en Floride. En novembre 2007, la province de Terre-Neuve a aussi déclaré un moratoire sur l’usage et l’achat de Taser.

Les pistolets Taser sont des armes capables d’envoyer des décharges électriques a plus de 50 000 volts qui paralysent instantanément les personnes touchées. Le corps de la victime est atteint pendant au moins cinq secondes par près de 80 ondes électriques paralysant les centres nerveux. Les informations transmises entre le cerveau et les membres sont instantanément bloquées. Les muscles se contractent alors violemment, provoquant une vive douleur musculaire, et des cris de souffrance. La victime est paralysée pendant quelques secondes et s’écroule par terre. Elle reste consciente mais impuissante… Souvent des traces de brûlure témoignent de la violence du choc électrique.

Les Tasers sont utilisés par 60 corps policiers au Canada, plus de 5 000 corps de police et de gardiens de prison aux États-Unis, de même que par les militaires des l’armée américaine qui sont accusés de torture en Irak…

Une arme faite pour les abus
Si les services policiers affirment que les pistolets Tasers sont rarement utilisés et uniquement dans des cas d’extrême nécessité, l’expérience nous prouve le contraire:

– En octobre 2001, des agents de la police de Montréal ont utilisé des Tasers contre des squatteurs lors de l’éviction brutale du Squat de Préfontaine.

– En juin 2003, des agents de l’escouade tactique de la GRC ont donné plusieurs décharges électriques entre autres sur le front et dans le cou à des sans-statut algériens qui occupaient pacifiquement les bureaux du ministère de l’Immigration à Ottawa, et ce alors qu’ils avaient déjà été menottés.

– En mai 2004, un détenu au Centre Opérationnel Ouest a dû être emmené d’urgence à l’hôpital après avoir été Tasé par des agents de la police de Montréal

– En février 2006, des policiers de la Floride ont utilisé des pistolets paralysant contre une adolescente de treize ans qui s’était battue avec sa mère. La jeune fille était menottée à l’arrière d’un véhicule de patrouille lorsqu’elle a été soumise aux chocs électriques.

– En automne 2007 dans le cadre d’un débat organisé par l’Université de Floride, un étudiant interpellant verbalement le Sénateur et ancien candidat à l’élection présidentielle américaine, John Kerry, s’est fait électrocuter à coup de pistolet Taser.

Ces cas ne sont que la pointe de l’iceberg.
D’après Amnistie Internationale dans la majorité des cas, les personnes tasées n’étaient pas armées et ne représentaient pas une menace réelle : « Des pistolets paralysants ont été utilisés par les policiers pour venir à bout d’élèves difficiles, de personnes non armées souffrant de troubles mentaux ou en état d’ébriété, de suspects qui s’enfuyaient après avoir commis un délit mineur ou de personnes ayant eu une altercation avec des policiers ou n’ayant pas obtempéré immédiatement à un ordre. Certains éléments de preuve laissent à penser que, loin d’être utilisés dans des circonstances restreintes et bien définies dans le but d’éviter un recours à la force meurtrière, les pistolets paralysants sont devenus le principal outil de contrainte dans certains services de police. »

Instrument de torture
Il est aussi important de rappeler que contrairement aux normes d’utilisation, les policiers envoient souvent plusieurs décharges successives. Notamment le cas d’un jeune américain qui serait décédé après avoir reçu 17 décharges électriques en trois minutes. Cet américain n’est pas le seul. En fait dans la plupart des cas de mort suite au Taser, il s’agissait de décharges multiples. Il en est à se demander si les services de police ne prennent pas un malin plaisir à utiliser cette arme comme instrument de torture. À ce sujet, même le comité de l’ONU contre la torture déclarait récemment que l’utilisation du pistolet à impulsion électrique constitue une forme de torture et peut causer la mort.

Quand la mort frappe
Des études et des analyses médicales ont permis de démontrer que dans la plupart des cas de décès liés au Taser, il s’agissait de personnes présentant des problèmes cardiaques ou encore de personnes sous l’effet des amphétamines ou de cocaïne. Le problème est que souvent, le coroner attribue uniquement le décès à une arythmie cardiaque ou à une overdose. En écartant totalement le facteur Taser dans leurs rapports. Mais ce mensonge est très grave. Car en continuant à nier les faits de la sorte, les autorités engendrent d’autres morts en continuant à administrer des décharges électriques à des personnes cardiaques ou droguées.

Le manque d’études rigoureuses et indépendantes
Il est aussi aberrant de constater l’absence de recherches sérieuses sur la question. Effectivement, pour le moment, les seules études sur lesquelles les flics se basent pour prétendre que le Taser est inoffensif sont effectuées sur des animaux. Est-il encore nécessaire de rappeler en 2007 que ce type d’expérience en plus d’être une preuve de cruauté envers les animaux, ne sont nullement crédibles scientifiquement. De plus, ces tests ont été régulièrement conduits par des chercheurs rémunérés directement par Taser International et non par des scientifiques indépendants. D’ailleurs, depuis le début de sa mise en marché, la compagnie Taser International s’oppose farouchement à ce que d’autres études plus sérieuses ne soient effectuées sur la question.

Une armée d’avocats pour défendre l’outil du meurtre légal
La compagnie Taser International a été citée dans au moins 39 cas de morts ou blessures causées par des Tasers. La compagnie a donc embauche une tonne d’experts et d’avocats pour défendre son image et menacer les gens qui la critique. Ainsi, Taser International a envoyé des mises en demeure à pas moins de 60 organisations juste en lien avec le cas Dziekanski. Le président de Taser Tom Smith a déclaré dans un communiqué que les médias avaient « de façon irresponsable, diffusé des manchettes blâmant le Taser pour le décès avant que l’enquête n’ait été menée à bien. »

Les liens entre la compagnie Taser International et les gouvernements du Canada et des USA
Le 28 novembre 2007, alors que la controverse autour des Tasers battait son plein suite entre autres à la diffusion de la vidéo de la mort de Robert Dziekanski à l’aéroport de Vancouver, un ancien conseiller du Premier Ministre canadien Steven Harper et du ministre fédéral de la Sécurité Publique Stockwell Day nommé Ken Boessenkool a été embauché comme lobbyiste par la compagnie Taser International… Deux jours plus tard, on apprenait que le coroner en chef de l’Ontario, James Cairns, a accepté que Taser International et une autre compagnie proche lui paye ses déplacements pour aller donner des présentations aux États-Unis, mais il ne voit pas là de conflit d’intérêts, même s’il doit se pencher sur plusieurs cas de morts liées au Taser!

Quand on gratte un peu, on découvre aussi d’autres scandales sur la compagnie… Un membre du conseil d’administration de Taser International, Bernard Kerik a été accusé en novembre de 14 accusations d’avoir accepté des pots-de-vin, d’évasion fiscale et d’avoir menti quand son grand ami Rudolph Giuliani, ancien maire de New York, le recommandait pour être chef du département de sécurité intérieur du président Bush en 2004. Kerik avait d’abord été chauffeur et garde du corps de Giuliani, puis celui-ci l’avait nommé chef de la police de New York en 2000. Pas étonnant d’entendre que cette crapuleuse compagnie à vue son chiffre d’affaire doubler depuis le dernier trimestre, en même temps qu’elle cause plein de morts!

Quand la police tue impunément
Les récentes morts dues aux Tasers viennent s’ajouter aux macabres statistiques. 42 personnes tuées par la police de Montréal en 21 ans; au moins 54 morts causées par la police au Québec depuis 2005. Des policiers ont tué 19 personnes à l’aide de Tasers au Canada depuis 2003 et 291 personnes aux Etats-Unis depuis 2001! Ce chiffre augmente sans cesse car il est fréquent que des policiers tuent des civils innocents et à chaque fois ils sont blanchis.

Depuis 1989, une politique ministérielle dit que les enquêtes sur les morts causées par les policiers durant une intervention policière ou suite à la détention doivent être enquêtées par un autre corps policier : à savoir la SQ, le SPVM ou le service de police de la ville de Québec (SPVQ). Mais dans les faits, nos enquêtes nous ont permis de démontrer que la solidarité policière transcende les corps de police. Comme quoi, un flic de Québec ou de Montréal, ça reste un flic pareil. Et entre copains, on se doit respect et loyauté.

Il n’est pas rare que les enquêtes d’un corps de police sur un autre corps de police soient bâclées lorsqu’elles ne sont pas totalement mensongères. Combien de fois a-t-on rallongé les délais d’une enquête pour permettre aux policiers d’ajuster leurs versions, combien de fois des preuves ont-elles disparues, combien de témoins compromettants écartés?

Des enquêtes ridicules qui s’apparentes à un cirque et ou les familles des défunts sont toujours oubliées. En effet, dans plusieurs cas, quand les familles ont demandés des explications, elles n’ont eu droit qu’au silence et au mépris total des autorités policières. Et à chaque fois, l’État se fait complice des mensonges policiers en fermant les yeux sur des crimes horribles.
Ce n’est malheureusement jamais une grande surprise d’apprendre que les flics assassins sont blanchis. Et ils savent qu’ils ont la loi de leur côté et qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent car ils ont l’État qui les protège.

Il est clair que les victimes méritent de reposer en paix et leurs familles d’avoir enfin la vérité et la justice, mais il est aussi évident que le gouvernement fait partie du problème plutôt que de la solution. Nous ne devons pas nous fier à eux, ne comptons que sur nos propres forces!

Ça ne veut pas dire qu’on ne va pas demander des comptes à un État policier qui sous un alibi de démocratie moderne tue et ment à la population. Il va falloir que les choses changent. Que les enquêtes dans le cas de morts aux mains de la police soient indépendantes et publiques. Et que les policiers assassins soient jugés pour ce qu’ils sont. Dans le cas de Quilem Registre comme dans tous les autres, nous demandons une enquête publique.

Le cas de Registre Quilem
Le 18 octobre dernier, Quilem Registre décédait dans un hôpital de Montréal après avoir sombré dans le comas et avoir fait a plusieurs reprises des crises cardiaques. Tout a commencé le 14 octobre vers 21h 30 à l’angle des rues Jean-Rivard et de la 23e dans le quartier Saint-Michel.

Selon la version policière Registre était intoxiqué et agité. Mais c’est toujours la même histoire, lorsque ce genre de tragédies arrive. On montre du doigt les antécédents judiciaires de la victime. Pourtant, bien que les premières affirmations laissaient sous-entendre que le décès de M. Registre serait dû à une intoxication, le rapport médical révèle que les infimes traces de substance trouvée dans son sang ne pouvaient être la cause de sa mort.

Le jeune homme serait bel et bien décédé des suites d’une utilisation excessive du Taser gun
Pour le moment, tout porte à croire que Quilem Registre à été victime d’une bavure policière. Il aurait reçu un minimum de 6 décharges. Pourtant, les normes d’utilisation des pistolets Taser interdisent de lancer des décharges successives. Aussi, le ministère de la sécurité publique affirme qu’au Québec, seul des unités d’intervention spéciale disposent de ce type d’armes. Pourquoi alors le coroner, chargé d’étudier cette affaire nous a confirmé que les policiers qui avaient tué Quilem étaient de simples patrouilleurs?

Un rapport du coroner est attendu pour avoir un peu plus d’informations. Mais encore une fois, ca pourrait prendre des mois avant de le recevoir. Et de toute manière, on commence à la connaître leur salade, pour le système de justice, les flics ne sont jamais coupables.

Si on ne se gêne pas pour salir la réputation du défunt, on cherche à tout prix à cacher l’identité des flics assassins. De tous les articles parus dans les journaux parus récemment sur le sujet, aucun ne parle des meurtriers de Quilem Registre. Curieux non? Pourquoi cacher la vérité? Ces policiers sont des meurtriers et ils devront être jugés comme tels.

Une chose est sûre, c’est que cette histoire est louche. Probablement que le SPVM tentera d’enterrer toute cette affaire. Il va falloir suivre cette histoire à la loupe. L’impunité policière à déjà fait trop de victimes. Registre est la 42 victime aux mais du S.P.V.M. en 21 ans. Espérons que la famille du défunt ne soit pas encore victime d’un système de justice corrompu qui toujours blanchit les flics assassins.

ASSEZ, C’EST ASSEZ !

Combien de temps allons nous encore endurer les odieux mensonges de ces compagnies meurtrières? Les dangers des pistolets Tasers sont réels et il est de notre devoir les dénoncer avant qu’ils ne fassent d’autres victimes innocentes. Il est impératif de bannir cette arme, sans oublier que le véritable problème n’est pas seulement le Taser, sinon surtout la brutalité policière et l’impunité qui continuent. Qu’attendons nous pur nous réveiller?

Justice pour Quilem Registre!

Et pour toutes les victimes du SPVM, pas une minute de silence, toute une vie de lutte!

19 personnes tuées par la police avec un Taser au Canada en cinq ans (2003-2007)

1) Terry Hanna
Le 19 avril 2003, Terry Hanna, 51 ans, est mort peu après qu’il ait été Tasé par des agents de la GRC à Burnaby, en Colombie-Britannique.

2) Clayton Alvin Willey
Le 22 juillet 2003, Clayton Alvin Willey, un autochtone âgé de 33 ans, est mort après que des agents de la GRC l’aient Tasé à Prince George, en Colombie-Britannique.

3) Clark Whitehouse
En septembre 2003, Clark Whitehouse, 34 ans, est mort après qu’il ait été Tasé par des agents de la GRC à Whitehorse, dans les Territoires du Yukon.

4) Perry Ronald
Le 23 mars 2004, Perry Ronald est mort après avoir été Tasé par des agents de la Police d’Edmonton, en Alberta.

5) Roman Andreichikov
Le 1er mai 2004, Roman Andreichikov, 25 ans, est mort après avoir été Tasé par des agents de la police de Vancouver, en Colombie-Britannique.

6) Peter Lamonday
Le 13 mai 2004, Peter Lamonday, 33 ans, est mort environ 20 minutes après avoir été poivré, frappé au visage puis Tasé plusieurs fois par des agents du Service de Police de London, en Ontario.

7) Robert Bagnel
Le 23 juin 2004, Robert Bagnall, 54 ans, est mort peu après avoir été Tasé par des agents de la police de Vancouver, en Colombie-Britannique.

8) Howard Hyde
Le 22 novembre 2007, Howard Hyde, 45 ans, est mort quelques heures après avoir reçu des décharges de pistolet électrique au centre correctionnel de Burnside, à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse.

9) Robert Knipstrom
Le 19 novembre 2007, Robert Knipstrom, 36 ans, a reçu des coups de matraque, du poivre de cayenne et des chocs électriques de Taser par des agents de la GRC à Chilliwack, Colombie-Britannique. Il est mort le 24 novembre.

*Sources : Cas 1 à 17 : « Unappropriate and excessive use of tasers » par Amnistie Internationale Canada, mai 2007 http://web.amnesty.org/library/Index/ENGAMR200022007?open&of=ENG-CAN

Cas 18 et 19 : La Presse et Radio-Canada.

Pour plus d’informations sur les Tasers :
Réseau d’Alerte et d’Intervention pour les Droits de l’Homme (RAIDH), France: www.raidh.org
Truth… Not Tasers (en anglais): http://truthnottasers.blogspot.com/

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